Histoires

Anecdotes

                

 

Fable :  "Le Carrosse et le moulin à vent"  de Jean Joseph Vadé

 

n équipage à triple glace

Passa près d’un moulin à vent

Le nargua sur sa lourde masse,

" Tu fais bien du chemin sans bouger de ta place !

Pour qui ? Pour un meunier, un lourdaud, un manant !

Mais moi, regarde, encore passe !

En roulant je porte un milord,

Femmes de cour, brillantes, bien ornées ;

Moi même, je suis doublé d’or.

Sens tu quelle distance entre nos destinées ? "

Le moulin lui dit : " Monseigneur

Mon sort chétif vaut bien votre bonheur :

Servir l’orgueil est votre mode,

D’un tel emploi, je ne suis point tenté ;

Prévenir la nécessité,

Vaut bien l’honneur d’être commode. "

Littérature : Miguel de Cervantès "L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche"
Traduction de César Oudin revue par Jean Cassou Edition Folio

à-dessus ils, découvrirent trente ou quarante moulins à vent, et, dès que don quichotte les vit, il dit à son écuyer: "La fortune conduit nos affaires mieux que nous n’eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Pança, où se découvrent trente ou quelque peu plus de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous. — quels géants? dit Sancho. -Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras, et d’aucuns les ont quelquefois de deux lieues. —Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui semble des bras sont les ailes, lesquelles, tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin.
— Il paraît bien, répondit don quichotte, que tu n’es pas fort versé en ce qui est des aventures: ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille. " Et, disant cela, il donna des éperons à son cheval Rossinante.


Place D'Espagne à Séville (1929)

Littérature : Alphonse Daudet : "Le secret de maître Cornille"

e dimanche nous allions aux moulins, par bandes. Là-haut, les meuniers payaient le muscat. Les meunières étaient belles comme des reines, avec leur fichus de dentelles et leur croix d'or.

 


Espagne (1905)

La poésie d’Andrieux : " Le meunier de Sans souci "

 

[….]

Sur le riant coteau par le prince choisi
S'élevait le moulin du meunier Sans-Souci
Le vendeur de farine avait pour habitude

D’y vivre au jour le jour exempt d’inquiétude

Et, de quelque côté que vînt souffler le vent

Il y tournait son aile et s’endormait content !

[….]

Anecdote : René Bazin à propos des moulins du Poitou

Il n'en fallait, pour faire tourner ses ailes grises, que ce qu'il faut pour que la fleur du pissenlit perde ses graines.
 

Anecdote : Cailleaux : "Meunier vole"

Savez vous bonnes gens, quelle est la chose du monde la plus hardie? Non ?...
C'est la chemise d'un meunier, car tous les matins, elle prend un voleur au collet.

Anonymes : 

- Vous pouvez changer de meunier, vous ne changerez jamais de fripon.

- Enfermez dans un sac, un procureur, un changeur, un meunier...
Lequel en sortira le premier.... : Un larron.

- Comme la légère hirondelle
Qui semble du bout de sont aile
En volant effleurer le sol
J’aime voir les moulins perchés sur la colline
Où chacun de leur bras vers la terre s’incline
Pour reprendre ensuite son vol.

- Fleurissez nos coteaux
De vos géantes ailes
Notre ciel est plus beau
Constellés de tourelles
Toutes saisons, tournez moulin
Matin et soir chantez meunière
Broyez à nouveau du bon grain
Pour l’indigent dans sa chaumière.

 

Un meunier Beauceron : à qui l'on demandait comment il évaluait au juste la quantité de farine qui lui revenait sur la monnée du client - au poids ? à la cuillère ? - à la pelle ? - à la poignée ?
"C'est bien simple", disait il, "j'pose un miroir devant moi et pis j'me mets à prendre dans la sac à poignées... en m'regardant... Quante c'est que j'me vois rougi.... j'arrête.

 

 

Extrait de "L'énigme du Beau-François" à propos d'un meunier appelé Gros-Bis surpris par le brusque déchaînement d'un orage.

[...] Il posa sa longue vue sur une traverse et se précipita. D'un élan il vint peser de toutes ses forces sur la barre arquée du frein. Un long gémissement de bête égorgée déchira l'air, le rouet, dompté, grinça, ralentit sa course, mais il fallait, pour l'arrêter tout à fait, être plus fort que le vent. Gros-Bis s'arcbouta, sera en tirant à lui, de haut en bas, puis se haussa pour que tout son poids servit à la manœuvre. Alors ce fut un long geignement modulé qui devint de plus en plus grave, jusqu'à ce qu'il s'éteignit, net. L'homme essoufflé par l'effort, restait là, crispé sur la barre de frein. Il l'enchaîna, puis se rejeta en arrière. Redressé, il respira longuement.
Anecdote : Arrivée à madame Ferron alors que son mari, meunier était parti à la guerre.
Le sujet était le renouvellement complet de la chaussure du rouet.

adame Ferron eut recours à un homme de la région, vieil ouvrier fort habile, mais grand ami de la chopine. Celui convint d'effectuer le travail en une semaine, fit son prix, étant entendu qu'il serait nourri et logé à l'auberge aux frais de la meunière. Il arriva le lundi matin, muni de tout son matériel, installa son chantier dans le moulin et s'en fut au logis qui lui était assigné pour la semaine. On ne le revit pas de la journée. Le lendemain, personne au travail. Le jour suivant pas davantage. La meunière alla relancer l'ouvrier qu'elle trouva en compagnie, attablé dans le café de son logeur. Elle lui reprocha sa conduite, inadmissible à l'égard d'une femme de combattant. Le joyeux luron l'apaisa d'un geste :
Tourmentez- vous pas... j'ons conv'nu d'eune semaine ? Ca s'ra fait en temps et saison. J'ai qu'eune parole, M'ame Ferron.
Les jours passèrent. La pauvre femme suppliait le joyeux compère, le menacait de l'imminence venue en permission de son mari, mais sans aucun succès. Mais le samedi de prime heure, l'homme vint au chantier, travailla sans arrêt jusqu'au soir, oubliant de manger... et de boire. Le dimanche, ce fut de même. En quarante huit heures, il fit en sorte de respecter ses engagements. Un fameux ouvrier, non ?

Histoire : Détournement de la loi : 
es moulins à bras individuels étant proscrits sous l’Ancien Régime, les paysans devaient faire moudre leur blé au moulin de la seigneurie. Pour se soustraire aux taxations, ils développèrent la culture de certaines céréales échappant aux lois en vigueur. À partir du XVIe siècle, ce phénomène s’accentua, entraînant la spécificité de certaines cultures dans les régions, comme le sarrasin en Bretagne.

Poème de C.M. ROBILLARD

areil à mes aïeux des quatre coins de Beauce,
Mon moulin, te voilà construit !
Tout près de la falaise, un bon géant se hausse
Qui me parle, m’instruit
D’un long passé détruit...
Moulin vivant tournant, preste et folâtre,
Par toi mes vœux seront comblés.
Comme autrefois nos vieux, le soir, autour de l’âtre,
Parle-moi du pays, de ces gars, de ces blés !

Mon moulin, j’ai voulu t’ériger là moi-même,
Te camper droit près d’un murger.
Pour moi tu vas tourner, et pour ceux que j’aime,
Tu vas encourager
Tu vas faire songer
Les fervents amoureux des plaines beauceronnes,
Leurs poètes, leurs fils pieux.
Moulin joyeux, toi qui sous la brise ronronne,
Esquissant une croix d’amour sur les grands cieux.

Moulin du souvenir, moulin de poésie,
Qui fait resurgir le passé,
Tourne pour ma gaîté, tourne à ma fantaisie !
Redis, jamais lassé,
Le conte ressassé...
Qui donc ose affirmer que tu tourne à vide,
O mon grand joujou raisonneur ?
Tandis que de mes jours l’écheveau se dévide,
Tu mouds les rêves bleus dont j’ai fait le bonheur !

 
Illustration de Gustave Doré
Miguel de Cervantès : Don Quichotte

Poème de C.M. ROBILLARD

eul sur la plaine
Désormais,
Te voici,
Mon vieux camarade !
Ancêtre obstiné,
Survivant irréductible,
Anachronique,
Qui t’attardes,
Doué d’une jeunesse
Indéfiniment renouvelée,
Tournant, virant et travaillant
Comme autrefois,
Tu es le témoignage,
L’exemplaire leçon
Et la consolante promesse .

 

Monnée : mouture à façon en Beauce
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Chaussure du rouet : Ensemble des dents (alluchons) de la grande roue de l'arbre du moulin.
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Moulin7.htm version 1.90 du 03-2010.

by Le Lez'Art (1999-2010)